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Gabriel Misse, Un tanguero de ley*

Gabriel Misse, Un tanguero de ley*

Par Sara COSTA

J’ai beaucoup entendu parler des frères Missé à Buenos Aires. On m’a souvent demandé : Tu l’as déjà vu danser ? – Qui ? – Gabriel, Gabriel Missé. Les commentaires étaient unanimes : magique, merveilleux, surprenant…Et ce qui surprend c’est d’abord son allure juvénile presque adolescente, blonde, qui renforce une vague idée de précocité. Voila c’est dit…on parle de lui comme d’un jeune surdoué.

Quand je rencontre Gabriel à Paris, je suis enchantée par son approche presque fraternelle. Il ne joue pas à la vedette débordée par la réussite ou à bout de souffle par le spectacle qu’il vient d’offrir au Festival de Tango au Trianon de Paris. Il parle avec ardeur, avec émotion. Il trace…

Les débuts

Il est arrivé au tango par hasard mais en famille ! Deux frères (lui et Sébastien qui vit à Paris) et trois sœurs (Andrea, Mariana et Estela)

Il me dit « J’ai commencé à danser du folklore à quatre ans » (et moi je fais le compte : Gabriel a 28 ans ; cela fait alors 24 ans qu’il danse…) Il continue « avec El Chucaro et Norma Viola »

El Chucaro fût l’un des plus grands danseurs de folklore d’Argentine. Une pure merveille en dansant le malambo).

« Quatre de mes frères et sœurs ont étudié avec lui. A l’endroit où El Chucaro donnait ses cours il y avait un panneau : « Cours de tango », A la semaine suivante ». Gabriel, qui a alors sept commence à étudier le tango. « C’est devenu une passion et avec l’accord de ma mère, directrice d’école qui m’a dit : sois le meilleur, quelques années plus tard j’abandonnais les études pour me consacrer au tango.

Et pour toi, qu’est ce que le tango ?

Le tango c’est « l’étreinte »C’est l’essentiel. C’est comme un courant électrique, juste sentir les corps…quand tu danses tu dois sentir le corps de l’autre C’est la que tu commences a exprimer la musique et c’est aussi savoir marcher…Cela prends 3 ou 4 ans… Après les figures c’est pour l’exhibition… Le tango c’est notre danse. Ce que ressent un argentin quand il écoute un tango est très particulier…regarde… j’ai des frissons … (et il me montre ses bras)…et quand tu aimes le tango il devient une partie de ta vie…Quand tu danses, le coeur doit battre comme quand tu es amoureux. Le tango n’est pas seulement se déplacer sur la piste, c’est suivre les codes d’une manière de vivre. C’est le respect d’un espace partagé avec d’autres couples. Ce qui est dommage aujourd’hui, c’est que beaucoup de jeunes dansent seulement pour de l’argent. Le tango devient de plus en plus un produit commercial dans tous les pays du monde.

Que dire des différents styles ?

C’est très bien qu’il y ait des styles différents mais il ne faut pas copier. Il faut créer. Il est important que la jeunesse ait de la créativité. Cela fait 100 ans maintenant que l’on danse. On peut encore danser 100 ans. L jeunesse doit se questionner toujours, et chercher où trouver les réponses que le maître ne donne pas. A 7 ans déjà j‘allais regarder les gens danser. J’ai passé plus de temps dans les milongas que à la maison ; J’ai passé tant de temps dans les milongas que je ne me sent pas « si jeune que ça » je suis presque vieux…dit il en souriant.

Y a t-il un style « milonguero »

No. Le style milonguero n’existe pas, car le style à l’origine se divise en quartiers. Le milonguero est celui qui va dans les milongas. Moi j’ai grandi dans les milongas ou nous allions en famille avec ma mère, ma grand mère et ce sont des vrais milongueros, de ce que l’on appelle « milonguero de ley » comme Petaca ou Toto qui m’ont énormément appris.

Quels sont les danseurs ou maîtres qui t’ont profondément marqué ?

J’ai travaillé plusieurs années avec « El pibe Palermo » dernier danseur de canyengue. J’ai connu beaucoup de grands danseurs mais mais il y en surtout deux qui m’ont marqué : Miguel Angel SOTTO, et le plus grand, Antonio TODARO, le maître des maîtres.

Un désir ?

Que le tango ne se perde pas, même s’il y a de nouvelles façons de danser. Il me semble qu’aujourd’hui on valorise plus le tango à l’étranger qu’en Argentine : Les gens ne vont plus à la milonga pour écouter un orchestre. Ils vont seulement pour danser. Quand cela se passe à l’étranger on comprend. Quand cela se passe à Buenos Aires, on ne comprend pas.

On évoque de lieux. Gabriel n’est pas pressé. De toute évidence pour lui le tango c’est aussi en parler… Mais je ne veux pas abuser de son temps et je lui demande s’il veut ajouter quelque chose… « Oui » me dit il « Je veux remercier ma mère. »

Malgré son apparence de jeune premier, et au delà de son talent et de la magie qu’il dégage, je crois qu’il aimerait savoir que je suis convaincue d’avoir parlé en toute simplicité, avec un « tanguero de ley. »

* Qui fait partie de l’univers du tango, qui partage avec d’autres le sentiment et la fierté d’être un tanguero. Qui tire sa légitimité de la connaissance de l’histoire du tango. Qui est un témoin reconnu et respecté par le milieu tanguero.

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Merci à Claire Lopez pour les photos Merci à Claire Lopez pour les photos Merci à Claire Lopez pour les photos Merci à Claire Lopez pour les photos

 

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